L’île verte

de Chen Ying-Chen, traduit par Anne Breuval

Trois nouvelles d’un taiwanais né en 1937. Une femme, vendue naguère par sa famille à un proxénète ; une prostituée auprès de laquelle un G.I en permission trouve chaleur et réconfort ; un couple en révolte contre le symbole yankee. Ch’en Ying-chen aborde des thèmes qu’aucun écrivain avant lui n’avait osé aborder et puise son inspiration aux sources même de la littérature du terroir.

Taiwan, île au passé tourmenté, séparée du continent (la Chine populaire) en 1949, terre misérable propulsée dans la modernité et dans le progrès économique à partir des années soixante et livrée simultanément aux appétits des multinationales, sécrète tout naturellement les thèmes de l’exil, de l’aliénation et de l’oppression. Chez Ch’en Ying-chen, écrivain engagé et chantre de la « littérature native », cette conscience sociale s’incarne dans un motif narratif récurrent, celui de la rencontre entre deux solitudes ou entre deux êtres laissés pour compte : le soldat du continent et la prostituée taiwanaise dans L’Île verte ; le G.I. noir et l’entraîneuse indigène dans Les Roses de juin ; un homme et une femme nés de part et d’autre du détroit que réunit une même révolte contre l’emprise américaine dans Convoi nocturne. Plus idéalistes au début, plus proches des réalités économiques et sociales dans leur deuxième période, les nouvelles de Ch’en Ying-chen créent des ambiances tantôt mélancoliques, tantôt satiriques, peuplées de personnages dont les histoires se répondent et semées de symboles comme celui de ce train de marchandises filant dans la nuit vers le village natal, allusion au décollage économique de Taiwan et à la prise de conscience de l’identité taiwanaise.

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